Ici, on parle des gens
25 février 2015

Maria Magdalena, 1915 - 2014

I used to be la petite fille de Ma’ Dalton

Enfin, avec la douceur en plus …

Ma mamie adorée nous a quittés fin décembre, à plus de 99 ans

C’était une lutteuse, une femme libre, parfois effrontée, mais toujours sous le sceau du bon sens et toujours guidée par un amour vrai et profond

Exemple 1 : quand la vie à la campagne était rude et que les matins étaient consacrés à la traite ou bien à arracher le lin à mains nues dans les champs, mamie, dont les parents ne parlaient pas français et avaient besoin de louer les services de leurs enfants aux agriculteurs voisins, trouvait sympa (c’est-à-dire : intéressant, en soi) d’avoir, haut la main d’ailleurs, son certificat d’études

Preuve 2 : certificat d’études en poche, arrière grand papa ne voit pas l’intérêt pour mamie d’étudier, alors celle-ci choisit de partir travailler à Paris, en compagnie de crémiers habitués du patelin pour leurs week ends … ses 11 frères et sœur, ses parents, vont lui manquer, mais ça sera sûrement intéressant, pourquoi pas, après tout … « et puis, tu sais, ma chérie, c’étaient vraiment des gens drôlement gentils ces parisiens et ils donnaient confiance »

Illustration 3 : mamie, vendeuse à paris, a rencontré un vrai grand amour, en la personne du commis de la boutique …. Papi, dès le lendemain des noces, est appelé au front puis, dès 1940, est fait prisonnier de guerre … quand tout Paris panique et part en débâcle, mamie reste, parce que « je me suis dit : mais enfin, si mon Albert s’échappe du stalag et revient me voir, il ne pourra me trouver qu’à Paris, où d’autre, sinon ? » et puis « de toute façon, je n’avais pas peur, et ça n’était pas aussi terrible que ce qu’on a dit  »

J’ai un milliard d’autres exemples de « lutte » : mamie trentenaire, mamie quadra, mamie quinqua, mamie veuve, mamie vieille dame a régulièrement refusé certains trucs ou bien est régulièrement allé gagner d’autres trucs … elle est même morte exactement comme elle avait toujours voulu, chez elle, et avec nous (là !)

Mais je me souviens aussi (et surtout) d’une auréole de douceur, d’un amour inconditionnel, d’une certitude absolue de sécurité, quand on était près d’elle

Je me souviens bien que jamais je n’ai entendu mamie juger qui que ce soit … et que ce genre de chose était absolument inenvisageable pour elle, totalement hors de son champ mental

Et puis, en vidant l’appartement, j’ai bien vu, sur les photos, dans les lettres, la force et la profondeur incroyable de l’amour qui les liait, papi et elle …. A une époque où on se mariait parfois pour d’autres raisons, eux s’aimaient à tel point que ça transpirait sur les photos

Et puis, attention, ma mamie n’était pas une lutteuse en treillis, loin s’en faut : elle était la spécialiste des jolis petits bijoux, des hauts colorés et bien coupés, du manteau de bonne facture, de la petite paire de pompes à joli détail …. Et, en pleurant son absence, me reviennent des images d’elle toute pomponnée et apprêtée, juste pour aller ensemble au restau du coin …

Alors, ma mamie, j’étais pas du tout d’accord avec ton départ, tu sais … mais j’espère que, là où tu es, ça te convient quand même …

Et puis ça craint : je connais pas le monde sans toi, ni sans ton asile … et j’espère que je serais cap’ …. J’espère aussi que, comme dame, je serai un jour à ta hauteur et que je finirai par faire bon usage de ce que tu nous as montré et donné

Si on a le droit, au paradis ou je ne sais où, de recevoir des colis, de l’amour ou des pensées … fais signe, mamie, ok ?

Et, évidemment, si t’as des sorties autorisées, saute sur l’occasion... Promis, hein ?

au-revoir2

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31 décembre 2014

Qui ivenit amicum, ivenit thesaurum

Ou : « Qui trouve un ami trouve un trésor … Moi, j’ai ma cassette  ! »

 

Ou : « Merci ! »

 

C’est la fin de l’année ….

Donc, c’est l’heure de l’amour, c’est l’heure du collectif et c’est l’heure des bilans, parait –il

 

Alors c’est sûrement le bon jour, le bon moment pour dire (enfin, pour vous écrire … c’est-à-dire, en fait, pour tenter la télépathie, puisque la plupart d’entre vous ne viennent pas ici..) : Merci !

Vive-vous ! Ma bande, Ma base

 

Depuis parfois 20 ans, depuis parfois 5 ans, depuis plus ou depuis moins…depuis toujours, donc, vous êtes dans le coin

Quand vous êtes là, il fait chaud

Et quand vous êtes plusieurs à être là, ça brille partout d’amour tout chaud, de sécurité et de confiance dans ma maison

Quand j’ai peur, il y a du renfort pour essayer de casser la gueule aux dragons …

Quand j’ai une qualité que je n’avais pas vue, vous me la montrez

Quand j’agis bêtement, j’ai l’info

Vous m’avez appris le pardon

Vous m’avez aidée à résoudre des énigmes

Vous m’avez rendu mon courage

Vous avez ouvert le champ de mes réflexions

Vous avez rendu possibles des trucs importants et empêché des trucs inutiles ou néfastes

 

Et, surtout, je suis drôlement contente que vous existiez, tous et chacun d’entre vous

Sans vous ici, tous et chacun, cette planète serait incomplète

 

Chacun d’entre vous est un petit univers en soi … toujours merveilleux

J’adore vos défauts, je m’amuse de vos manies, j’admire vos qualités … et je ferai toujours tout ce que je pourrai pour vous, sans même me poser la question du carburant nécessaire versus le carburant restant dans mon réservoir

Je vous connais depuis tant … mais j’apprends toujours de vous et je découvre toujours de vous

 

Je vous aime

Je ne sais pas le dire, trop godiche, trop brusque, trop taiseuse sur les choses essentielles (alors que pipelette sur le reste) … alors je l’envoie par télépathie

Que chacun de vous reçoive, maintenant, fort, clairement dans sa tête et dans son cœur : toute ma confiance, tout mon amour et toute mon impatience de tous les moments encore à venir, avec vous, auprès de vous

Que 2015 vous soit douce, stimulante, agréable, surprenante et riche

A demain, à tout de suite, à bientôt

 

Mes poteaux

Mes belles -gens

amis

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26 mai 2014

Pot (pas) pourri – surprise dans le métro

Ou : « les gens ne sont JAMAIS vraiment aussi simples ou prévisibles qu’on pourrait le penser »

 Ou encore : « ne JAMAIS se faire une opinion au premier coup d’œil »

 

19h45, un soir de semaine, sur une ligne bondée du métro parisien …

Tout le monde est pressé

Tout le monde se bouscule

Tous ont la mine chargée des 10 à 11h passées … et des 3 ou 4 encore à venir

 

Bref, tout semble joué, pour tout le monde

Tout suit les rails, vers la prochaine étape, annoncée, du programme …

 

Et pourtant …

 

Devant moi, bien groupés dans mon champ de vision, trois archétypes masculins :

 

-          Le premier, appelons le « Miossec », est le rêve de la quasi-totalité des jeunes filles que nous sommes (bon ok : furent) : beau-gosse, tendance poète … ses yeux mi rieurs mi rêveurs survolent parfois indifféremment la foule, alors qu’il est plongé avec profondeur et enthousiasme intérieur (mais ostensible) dans un bouquin arty – pointu … habillé chez Colette ou consorts, il est faussement négligé – avec un sens aigu du détail qui tue. On aurait toutes voulues, fut un temps, qu’il nous accompagne sur une plage pour nous réciter un poème et décider avec nous que notre métier, plus tard, ça serait l’art et rien d’autre.

Oui, mais … Surprise : en le suivant du regard lorsqu’il quitte le wagon (ben vi, évidemment), je m’aperçois qu’il a, en réalité, un gros popotin presque adipeux … que sa chevelure d’artiste maudit est bien maudite, mais par les pellicules … et qu’il explose les pieds des ¾ des jeunes filles ou femmes croisées sur son chemin, presque en pestant que « c’est pas une gonze qui va refuser de me céder le passage, tout de même »

 

-          Le deuxième, lui, est ce que la plupart de nos mamans auraient considéré comme le gendre parfait ; comment dire, un peu celui qui « jeune cadre dynamique, a fini de rembourser son deux pièces + loggia » … employé modèle responsable et sérieux, il est drapé dans un costard noir soigné, sans aucune trace de sueur ni aucune miette malgré l’heure avancée ; il porte à l’épaule sa sacoche d’ordinateur portable et dans la poche « le figaro » .. c’est sûr, il est un modèle de labeur, de stabilité et de « comme il faut »

Certes, mais …. Stupeur : une panne inopinée de la rame impose le silence, le temps passe, dure … et, pour tromper l’ennui, il chausse ses écouteurs ; là, ce ne sont pas les suites de Bach qui résonnent, mais du bon gros rock alternatif qui tache, passé, comme il se doit, à fond … et si vous aviez vu son air de gosse ravi / d’homme assumé et jubilant sous les boum boum !

 

-          Le troisième, nous l’appellerons « Coolio », a le regard hostile et usé de ceux qui ont (eu) du mal à s’en sortir ; doté du look intégral de ceux qui habitent les villes « difficiles » situées au-delà du périph, il subit d’un air bravache le regard mi étonné - peut être raciste - et carrément inquiet de l’ensemble de ses co-passagers, tous cintrés dans leur uniforme de travail – bureau … La capuche détonne avec les vestes de tailleur, le baggy cache peut être un objet contondant pensent –ils ; « tous des cons » semblent renvoyer ses yeux agacés.

Bien bien, mais … Coup de théâtre : Devant une fillette qui disserte, à plus d’envie, des différences (et des vertus comparées respectives) d’Hello Kitty et Petit Ours Brun, ses yeux s’illuminent, un sourire d’ange fend son visage, il se retient pour ne pas se joindre aux réflexions de la petite … et il quitte la rame à la station suivante comme porté sur le nuage de Pimprenelle et Nicolas.

 

Comme quoi …

Il y a des surprises dans chacun …

Il y a parfois de la magie, même lancés dans les rails souterrains de son train-train quotidien, même dans les lieux les plus banals, dans les endroits battus et rebattus de notre existence

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04 mars 2014

Ceux qui sont de quelque part, … ou qui campent sur un bord

Mon moustachu préféré se plaignait d’eux en chanson:

« Des gens qui regardent (...) le reste avec mépris du haut de leurs remparts ; La race des chauvins, des porteurs de cocardes ; Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part ; (...); Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux ; Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence (...) d'esprit de voir le jour chez eux ; Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire ; Contre les étrangers tous plus ou moins barbares ; Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre ; Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part ; Mon dieu qu'il ferait bon sur la terre des hommes ; Si on n’y rencontrait cette race incongrue (…) et qui partout foisonne ; La race des gens du terroir des gens du cru »

 

Rien ne m’inquiète et ne m’irrite plus que ces personnalités, pourtant complètes et complexes, qui décident de se réduire à leur seul lieu de naissance ou, pire encore, de se limiter au seul lieu de naissance de leurs aïeux :

On est pourtant tellement plus que le seul village où nos géniteurs (ou bien notre petite personne) furent conçus !

On est pourtant de la matière vivante, en mouvement et non pas des blocs figés dès le début dans certains traits !

Tels ces gens qui, lors d’une victoire française à un tournoi de foot brandissent des drapeaux à hermine ou aux couleurs du pays de départ de leurs parents des décennies auparavant … Tels, aussi, ces Messieurs et Madame « Lefranc », qui se persuadent que, quand même, ce n’est pas pareil un français issu de l’immigration et un « français de souche » : ça me laisse sans voix ! Si on parlait des différences entre des boîtes de petits pois, peut-être, mais on cherche des différences entre des personnes toutes entières, là !!

 

Et, d’une façon générale, quand l’amour pour une chose tourne à l’exclusion de ceux qui ne partagent pas le même goût, je dois avouer que ça m’inquiète …

Idem lorsque la conviction flirte avec l’obstination et que les premiers symptômes de surdité se manifestent …

Ce sont là, pour moi, des mécanismes absolument épouvantables, ça, non ?

 

D’ailleurs, je crains d’observer, depuis peu, une association parfois dangereuse entre les bannières géographiques et les étendards religieux : le postulat deviendrait, semble-t-il, que Ce que tu es EGAL là d’où tu viens et/ou EGAL ce en quoi tu crois … : VRAIMENT ???

 

Quelle drôle d’équation à mes yeux … aux implications implacables : si la personne que nous sommes égal « ça », alors la personnalité qui est la nôtre ne changera jamais, ou alors, exceptionnellement, en cas de parjure ??

 

Si je suis née dans le Limousin, je DOIS aimer la viande de vache, et, préférentiellement, celle issue de vaches élevées sous les clochers du Limousin ?

Si le Dieu auquel je crois me dit de croitre et de me multiplier, je dois demander la prison pour tous ceux n’ayant qu’un enfant unique ? Me sentir moins que rien si le mariage béni par le Dieu que j’avais choisi est finalement malheureux ?

 

Les autodafés, les fatwas, les excommunications, les drapeaux, étendards, blasons et cocardes sont des choses épouvantables lorsqu’elles deviennent la seule et unique loi

Et les personnes ou les paroles « définitives », selon moi, c’est comme le grand méchant loup, ça n’existe pas

A bonne entendeur …

drapeau-blanc

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13 février 2014

Les gens ne sont pas (toujours) ce qu’on attendrait d’eux … en vrai, ils (certains) sont magiques

S. habite un camp de réfugiés, dans un pays ensoleillé et magnifique, mais parfois agité et assez peu riche.

Surtout, ce pays ne veut pas des gens comme elle : pas possible de sortir du camp, n’imagine pas étudier ou avoir un travail un jour, ça ne sera pas le lieu, pour toi, S.

S. aura bientôt 29 ans, mais elle vit toujours chez ses parents.

Cette famille est aimante, mais elle a connu les dangers, les malheurs et est très traditionnelle : pas de décisions seules quant aux amitiés, aux amours, aux dépenses, ou aux déplacements… trop risqué, ou pas bien, de toute façon, tout ça.

S. travaille auprès des enfants du camp et y connait tout le monde.

Mais la vie de tous ces gens qui l’entourent n’est pas toujours facile, et presque toujours désertée par l’espoir : pas de projets fous entre amis, pas de projets, vraiment, d’ailleurs, et encore moins de confidences … ça ne serait pas adapté tout ça, pas vraiment...

Maintenant, tenez-vous bien : S. n’est pas amère, elle n’est pas non plus fâchée, ni désabusée

Même : S. voit le bon, l’agréable et aussi le rigolo dans chaque minuscule situation et dans la plupart des enfants avec qui elle travaille. S. aime sa maison et se réjouit d’y ajouter une ou deux fleurs, ou d’y partager un repas de temps à autres avec d’autres femmes.

Mieux : S. a presque toujours un sourire, facile, doux, discret, mais bien ferme, affiché sur le visage

Ce que je sais aussi, c’est que S. a accueilli l’étrangère que j’étais sans préjugés, avec une vive curiosité bienveillante et en sachant lui dire, très clairement mais avec tact, toutes ses peurs, toutes ses joies, toutes les différences qu’elle voyait entre nous, et puis tout le difficile, mais surtout tout le beau, le magique de ses jours.

S. ne m’a jamais parlé de ce que, elle et moi, à travers nos pays, nos origines, nos façons de vivre respectifs pouvions représenter et des questions que ça aurait pu poser au sujet de l’ordre du monde, de la géopolitique ou de la condition de la femme ; en vrai, je suis sûre qu’elle n’a même jamais pensé les choses sous cet angle et que, son sujet à elle, c’était juste les deux individus que nous étions.

On ne parle pas de foi, là … Et il ne s’agit pas de bêtise non plus : S. délibérément, presque farouchement, choisit la vie, choisit les gens, donne ce qu’elle peut et reçoit tout ce qui est bon à recevoir ; de manière consciente et volontaire, mais sans aucun « passage en force », ni déclaration, ou revendication de tout ça.

S. est, à mes yeux, une dame grande, digne, merveilleuse.

S. fut l’une de mes plus belles leçons : manifestement, quoi qu’il arrive, quelles que soient les circonstances de leur vie, certains gardent une douceur, une ouverture, une richesse indéniables et une force sans nom, le tout sans candeur, sans l’aide de convictions religieuses, mais de manière totalement assumée, irréversible, indélébile … et sans même « la ramener » à ce sujet.

blogueexceptionshadia

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