I used to be la petite fille de Ma’ Dalton

Enfin, avec la douceur en plus …

Ma mamie adorée nous a quittés fin décembre, à plus de 99 ans

C’était une lutteuse, une femme libre, parfois effrontée, mais toujours sous le sceau du bon sens et toujours guidée par un amour vrai et profond

Exemple 1 : quand la vie à la campagne était rude et que les matins étaient consacrés à la traite ou bien à arracher le lin à mains nues dans les champs, mamie, dont les parents ne parlaient pas français et avaient besoin de louer les services de leurs enfants aux agriculteurs voisins, trouvait sympa (c’est-à-dire : intéressant, en soi) d’avoir, haut la main d’ailleurs, son certificat d’études

Preuve 2 : certificat d’études en poche, arrière grand papa ne voit pas l’intérêt pour mamie d’étudier, alors celle-ci choisit de partir travailler à Paris, en compagnie de crémiers habitués du patelin pour leurs week ends … ses 11 frères et sœur, ses parents, vont lui manquer, mais ça sera sûrement intéressant, pourquoi pas, après tout … « et puis, tu sais, ma chérie, c’étaient vraiment des gens drôlement gentils ces parisiens et ils donnaient confiance »

Illustration 3 : mamie, vendeuse à paris, a rencontré un vrai grand amour, en la personne du commis de la boutique …. Papi, dès le lendemain des noces, est appelé au front puis, dès 1940, est fait prisonnier de guerre … quand tout Paris panique et part en débâcle, mamie reste, parce que « je me suis dit : mais enfin, si mon Albert s’échappe du stalag et revient me voir, il ne pourra me trouver qu’à Paris, où d’autre, sinon ? » et puis « de toute façon, je n’avais pas peur, et ça n’était pas aussi terrible que ce qu’on a dit  »

J’ai un milliard d’autres exemples de « lutte » : mamie trentenaire, mamie quadra, mamie quinqua, mamie veuve, mamie vieille dame a régulièrement refusé certains trucs ou bien est régulièrement allé gagner d’autres trucs … elle est même morte exactement comme elle avait toujours voulu, chez elle, et avec nous (là !)

Mais je me souviens aussi (et surtout) d’une auréole de douceur, d’un amour inconditionnel, d’une certitude absolue de sécurité, quand on était près d’elle

Je me souviens bien que jamais je n’ai entendu mamie juger qui que ce soit … et que ce genre de chose était absolument inenvisageable pour elle, totalement hors de son champ mental

Et puis, en vidant l’appartement, j’ai bien vu, sur les photos, dans les lettres, la force et la profondeur incroyable de l’amour qui les liait, papi et elle …. A une époque où on se mariait parfois pour d’autres raisons, eux s’aimaient à tel point que ça transpirait sur les photos

Et puis, attention, ma mamie n’était pas une lutteuse en treillis, loin s’en faut : elle était la spécialiste des jolis petits bijoux, des hauts colorés et bien coupés, du manteau de bonne facture, de la petite paire de pompes à joli détail …. Et, en pleurant son absence, me reviennent des images d’elle toute pomponnée et apprêtée, juste pour aller ensemble au restau du coin …

Alors, ma mamie, j’étais pas du tout d’accord avec ton départ, tu sais … mais j’espère que, là où tu es, ça te convient quand même …

Et puis ça craint : je connais pas le monde sans toi, ni sans ton asile … et j’espère que je serais cap’ …. J’espère aussi que, comme dame, je serai un jour à ta hauteur et que je finirai par faire bon usage de ce que tu nous as montré et donné

Si on a le droit, au paradis ou je ne sais où, de recevoir des colis, de l’amour ou des pensées … fais signe, mamie, ok ?

Et, évidemment, si t’as des sorties autorisées, saute sur l’occasion... Promis, hein ?

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