Ou : « les gens ne sont JAMAIS vraiment aussi simples ou prévisibles qu’on pourrait le penser »

 Ou encore : « ne JAMAIS se faire une opinion au premier coup d’œil »

 

19h45, un soir de semaine, sur une ligne bondée du métro parisien …

Tout le monde est pressé

Tout le monde se bouscule

Tous ont la mine chargée des 10 à 11h passées … et des 3 ou 4 encore à venir

 

Bref, tout semble joué, pour tout le monde

Tout suit les rails, vers la prochaine étape, annoncée, du programme …

 

Et pourtant …

 

Devant moi, bien groupés dans mon champ de vision, trois archétypes masculins :

 

-          Le premier, appelons le « Miossec », est le rêve de la quasi-totalité des jeunes filles que nous sommes (bon ok : furent) : beau-gosse, tendance poète … ses yeux mi rieurs mi rêveurs survolent parfois indifféremment la foule, alors qu’il est plongé avec profondeur et enthousiasme intérieur (mais ostensible) dans un bouquin arty – pointu … habillé chez Colette ou consorts, il est faussement négligé – avec un sens aigu du détail qui tue. On aurait toutes voulues, fut un temps, qu’il nous accompagne sur une plage pour nous réciter un poème et décider avec nous que notre métier, plus tard, ça serait l’art et rien d’autre.

Oui, mais … Surprise : en le suivant du regard lorsqu’il quitte le wagon (ben vi, évidemment), je m’aperçois qu’il a, en réalité, un gros popotin presque adipeux … que sa chevelure d’artiste maudit est bien maudite, mais par les pellicules … et qu’il explose les pieds des ¾ des jeunes filles ou femmes croisées sur son chemin, presque en pestant que « c’est pas une gonze qui va refuser de me céder le passage, tout de même »

 

-          Le deuxième, lui, est ce que la plupart de nos mamans auraient considéré comme le gendre parfait ; comment dire, un peu celui qui « jeune cadre dynamique, a fini de rembourser son deux pièces + loggia » … employé modèle responsable et sérieux, il est drapé dans un costard noir soigné, sans aucune trace de sueur ni aucune miette malgré l’heure avancée ; il porte à l’épaule sa sacoche d’ordinateur portable et dans la poche « le figaro » .. c’est sûr, il est un modèle de labeur, de stabilité et de « comme il faut »

Certes, mais …. Stupeur : une panne inopinée de la rame impose le silence, le temps passe, dure … et, pour tromper l’ennui, il chausse ses écouteurs ; là, ce ne sont pas les suites de Bach qui résonnent, mais du bon gros rock alternatif qui tache, passé, comme il se doit, à fond … et si vous aviez vu son air de gosse ravi / d’homme assumé et jubilant sous les boum boum !

 

-          Le troisième, nous l’appellerons « Coolio », a le regard hostile et usé de ceux qui ont (eu) du mal à s’en sortir ; doté du look intégral de ceux qui habitent les villes « difficiles » situées au-delà du périph, il subit d’un air bravache le regard mi étonné - peut être raciste - et carrément inquiet de l’ensemble de ses co-passagers, tous cintrés dans leur uniforme de travail – bureau … La capuche détonne avec les vestes de tailleur, le baggy cache peut être un objet contondant pensent –ils ; « tous des cons » semblent renvoyer ses yeux agacés.

Bien bien, mais … Coup de théâtre : Devant une fillette qui disserte, à plus d’envie, des différences (et des vertus comparées respectives) d’Hello Kitty et Petit Ours Brun, ses yeux s’illuminent, un sourire d’ange fend son visage, il se retient pour ne pas se joindre aux réflexions de la petite … et il quitte la rame à la station suivante comme porté sur le nuage de Pimprenelle et Nicolas.

 

Comme quoi …

Il y a des surprises dans chacun …

Il y a parfois de la magie, même lancés dans les rails souterrains de son train-train quotidien, même dans les lieux les plus banals, dans les endroits battus et rebattus de notre existence

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